Ceproc |Centre Européen des Professions Culinaires

Retour sur la période du confinement avec les formateurs du Ceproc

Interview de Brice Dauzats, formateur en pâtisserie

« J’ai organisé un défi virtuel en pâtisserie »
 

Les cours en présentiel ont repris le 25 mai dernier ? Comment avez-vous vécu la période de confinement ?
Le confinement a été difficile pour tous. J’ai profité de cette période pour inciter mes apprentis à travailler différemment, en autonomie, se pencher sur la compréhension des recettes et des techniques. Hormis le téléphone portable, j’ai pu constater que bon nombre d’apprentis ne disposaient pas d’un ordinateur pour travailler. Cela était problématique. Il fallait trouver une solution pour motiver les classes et ne pas perdre le fil de l’objectif : l’évaluation et la validation des connaissances.
Quelles approches pédagogiques distancielles avez-vous mises en place ?
Au départ, j’ai mis en place une plateforme par classe consultable via smartphone pour centraliser mes actions. J’ai donné des indications et des corrections de fiches techniques. Ensuite, j’ai effectué une mise en situation avec l’organisation d’un ancien sujet. Elle a pris la forme d’un « Défi » entre les classes, atour d’un sujet portant sur la fabrication de pain de gêne, au programme de la mention complémentaire. J’ai mis en ligne ma démonstration et les recettes sur la base du cours que nous avions déjà étudié une première fois. Cela m’a permis de ne pas mettre les apprentis en difficulté. Je leur ai demandé de réaliser chez eux cette fabrication et de la prendre en photo.
J’ai créé une page Instagram pour que les apprentis puissent publier leur fabrication. Cela m’a permis d’évaluer le travail, les difficultés et leur capacité à s’adapter. L’adaptation est un point fort dans notre métier et un atout de choix.
Fort de cette expérience j’ai organisé un deuxième défi montage chocolat et chocolat plastique avec un cours sur le sirop de sucre assorti d’un rappel historique mis en ligne. Les cours de technologie en rapport avec les vidéos ont été diffusés via la plateforme. Les apprentis ont suivi d’autres cours filmés au fil du confinement.
Que retenez-vous de cette expérience ?
La plus grande difficulté n’a pas été forcement de produire des cours en distanciel car notre métier nous oblige chaque jour à nous adapter aux problématiques de nos apprentis. Le plus difficile était de les aider à devenir autonomes sur la connaissance et les savoirs de nos métiers qui sont subtiles et donc difficiles à comprendre et maîtriser en distanciel.
La plupart de mes apprentis vont se diriger vers un BTM en septembre 2020. J’espère que cette période, où il a fallu travailler autrement, les aura mis sur la voie de l’autonomie et du travail personnel, incontournable dans les formations supérieures.
 

 
Interview de Kamel Demouche, formateur en mathématiques

« Faire école à la maison, ce n’est pas faire école »
 

Les cours en présentiel ont repris le 25 mai dernier ? Comment avez-vous vécu la période de confinement ?
ll faut souligner d’abord que ce fut un contexte inédit et sans précédent. Nous nous sommes tous retrouvés face une situation troublante, apprenants et formateurs. Passés les premiers jours de tâtonnement, j’ai rapidement institué un cadre organisationnel de travail et un dispositif de formation à distance, en adéquation avec les outils et moyens matériels dont je disposais et en fonction de ma situation personnelle de parent avec des enfants en bas âge. Mon objectif était de maintenir le contact avec les apprenants et de continuer à les stimuler intellectuellement. Il ne fallait surtout pas rompre ce lien. Même si parfois j’avais le sentiment d’être balloté entre les sollicitudes à la fois professionnelles et privées : flux ininterrompu de courriels auxquels il fallait donner suite, appels des jeunes et parfois des parents, tout cela en assurant le suivi de la scolarité de mes enfants…
Avez-vous éprouvé des difficultés à maintenir le lien avec vos apprenants ?
En dépit des difficultés inhérentes au distanciel, j’ai pu établir un contact permanent avec de nombreux apprenants via leurs messageries personnelles et/ou leurs téléphones. En revanche, pour d’autres apprentis cela ne fut pas aisé. En réalité, cette situation ne me surprend guère. Beaucoup de jeunes évoluent dans un environnement social et familial très défavorable à cette « continuité pédagogique ». Sans oublier ceux qui ont été particulièrement sollicités par leurs entreprises pendant toute cette période. De ce point de vue, le bilan est très mitigé. Toutefois, je garde la satisfaction d’avoir réussi tant bien que mal à proposer des activités diverses et variées aux apprenants et suivre chacun de ceux avec qui j’ai établi le contact, dans des conditions loin d’être idéales, comme je l’ai souligné précédemment.                                 
Quelles approches pédagogiques distancielles avez-vous mises en place ?
J’ai privilégié des séquences courtes accompagnées de consignes claires et de fiches résumées et ou/outils. J’ai également transmis quelques séquences vidéo. En outre, je me suis appuyé sur l’autocorrection comme procédé de remédiation. J’ai construit mes séquences en fonction des moyens et des outils à disposition. Vivement le « présentiel » !
Que retenez-vous de cette expérience ?
La continuité pédagogique n’a été possible que parce que les outils « distanciels » se sont démocratisés ces dernièrement années. Et heureusement qu’il en soit ainsi. Je vous laisse imaginer le contraire, particulièrement dans cette période. Mais soyons lucides, le modèle « distanciel » ne peut se substituer au modèle « présentiel ». Que ce soit sur le plan du lien social ou de la modalité même d’apprentissage, les interactions humaines sont indispensables. L’interactivité « machinique » étant limitée, elle ne peut remplacer l’interaction « physique », comme cela est souligné par des sociologues et des pédagogues de renom. A plus forte raison s’agissant du public de notre établissement. C’est ma conviction. L’une des vocations du Ceproc est sa capacité d’insertion professionnelle et citoyenne. C’est un lieu de vitalité culinaire et de socialisation par excellence. Avec ce modèle « distanciel » cette dimension s’en trouve largement amputée et les apprenants fortement impactés.
Pa railleurs, et sans rentrer dans le détail, ce modèle rend particulièrement difficile la posture de l’enseignant et n’offre pas non plus, contrairement à ce que l’on dit, un large éventail possible de situations d’apprentissage à organiser par ce dernier. Bref, faire « école à la maison », ce n’est pas « faire école ». « Faire école », c’est instituer un espace-temps collectif et ritualisé.
 

 
Interview de Yoan Samaké, formateur de pâtisserie au Ceproc

«J’ai mis en place un live hebdomadaire qui m’a permis d’effectuer des démos à distance»

L’activité pédagogique présentielle a repris le 25 mai dernier. Comment avez-vous vécu cette période avec vos apprenants ?
Ce fut une période difficile à appréhender car le phénomène est inédit. Nous nous sommes adaptés. La communication établie spontanément avec un groupe de collègues et leur réactivité ont été autant d’atouts. Ils m’ont donné l’opportunité d’échanger sur les pratiques, les outils, les plateformes… Cette entraide mutuelle nous a permis d’élargir la cible d’apprenants.
Avez-vous rencontré des difficultés à garder le contact avec vos apprenants ?
Les réseaux sociaux m’ont permis d’avoir une réponse rapide et informer la grande majorité d’entre eux. Dès la deuxième semaine, 76% des apprenants avaient créé un compte pour rejoindre le groupe. Le contact a pu être rétabli notamment avec les apprenants en grande difficulté.
Quelles approches pédagogiques distancielles avez-vous mises en place ?
J’ai lancé un forum Discord permettant de dispenser des cours en audio et mis à disposition des ressources. J’ai mis en place un Facebook live hebdomadaire qui m’a permis d’effectuer des démos à distance donnant lieu à un album photo/vidéo de la recette pas à pas.  
J’ai également animé des quiz éducatifs pour favoriser un apprentissage à la fois plus autonome et plus ludique.  

 


 
Interview de Stéphane Duval, formateur et responsable du pôle charcutier-traiteur au Ceproc

«Le numérique ne peut remplacer l’enseignement présentiel en chair et en os»

L’activité pédagogique présentielle a repris le 25 mai dernier. Comment avez-vous vécu cette période avec vos apprenants ?
C’est fut un changement radical. Nous avons été amenés à inventer de nouvelles pratiques pour assurer la poursuite de notre mission de formation. Ne plus avoir de relation présentielle avec les apprenants est troublant. Cela l’est d’autant pour nous autres praticiens qui évoluons en laboratoire, au contact de la matière première, des produits… Absence de gestes, de toucher, de saveurs, tout cela a fondamentalement remis en question la formation pratique. Enseigner la charcuterie derrière son écran n’est pas une mince affaire ! Autant les cours théoriques sont transposables à distance, autant la pratique l’est moins. Dispenser une recette à distance suppose en outre que tous les apprenants soient dotés des outils numériques adéquats, du matériel culinaire, des produits et des ingrédients nécessaires.
Quels outils distanciels avez-vous mis en place ?
J’ai travaillé via la plateforme Netyparéo. Elle m’a permis de déposer tous les supports de cours, les travaux et les devoirs. L’outil est efficace car il permet de suivre l’effectivité du travail réalisé par les apprenants, le degré d’engagement du groupe et de déceler, par là même, les apprenants qui rencontrent des difficultés.
Avez-vous rencontré des difficultés à renouer avec vos apprentis ?
Confinés pour la plupart, mes apprenants ont affiché une bonne assiduité, prenant à cœur la suite de leur formation. Cela fut plus difficile s’agissant des apprenants devant concilier vie professionnelle et vie scolaire, en dépit des efforts de remobilisation déployés par l’ensemble de l’équipe des formateurs  charcutiers traiteurs et les autres collègues.
Quels enseignements tirez-vous de cette expérience du confinement ?
Ce type d’épreuve nous permet de puiser en nous des ressources  inimaginables, d’improviser et d’inventer des solutions à nos problèmes. Si l’usage du numérique nous a permis d’assurer la continuité pédagogique, je dois cependant dire qu’il n’est qu’un palliatif. S’agissant de la charcuterie et des enseignements pratiques, il ne peut remplacer l’enseignement présentiel en chair et en os.

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